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Élément incontournable du FC Barcelone et de l’Équipe de France, Ludovic Fabregas revient pour Handfacts sur des moments clés de sa jeune et belle carrière.

Bonjour Ludovic peux-tu te présenter ? 

Je m’appelle Ludovic Fabregas, j’ai 23 ans, je joue au poste de pivot au FC Barcelone et aussi en équipe de France.

Tu es arrivé dans le handball assez tardivement, peux tu nous raconter ton parcours ? 

Je suis arrivé dans le handball de haut niveau à l’âge de 15,16 ans lorsque j’ai rejoint le pôle espoir de Montpellier. Je jouais avant au club de Banyuls-sur-Mer dans le sud de la France. J’ai fait toutes les classes du mini-hand jusqu’au -16 ans départemental, on se faisait plaisir et dans ce coin de la France, il n’y a pas vraiment de haut niveau. J’ai fait 3 ans de pôle espoir, un an de centre de formation puis j’ai signé mon contrat professionnel dans mon club formateur, le Montpellier Handball.

As-tu un lien familiale avec le handball ? Ou le handball est arrivé par hasard dans ta vie ?

Non c’est vraiment arrivé par hasard, ma cousine a été au pôle espoir à Nimes. Mon frère jouait comme ça pour le plaisir. Lors d’une semaine de vacances à Montpellier avec mon frère, j’ai été voir un entrainement de ses potes de FAC, qui à l’époque était Antoine Gutfreund et Rémi Leventoux et en rentrant chez mes parents j’ai eu la volonté de tenter le pôle espoir sans vraiment savoir pourquoi. 

Aujourd’hui tu impressionnes beaucoup par ton physique, selon toi, qu’est ce qui fait ta force sur un terrain de handball ? 

Ma principale force est d’être un joueur assez complet, pour effectuer les taches offensives et défensives. Cela est caractérisé par ma mobilité que j’ai travaillé durant mes années de formation afin de pouvoir jouer sur les deux côtés du terrain. Je pense que la mobilité est ce qui ressort le plus de moi étant donné que le pivot de base un pivot solide. Je suis capable de me projeter vers l’avant et de faire les efforts de manière endurante. 

A l’heure actuel, si tu devais choisir un moment de ta carrière qui t’a le plus marqué, le quel serait-il ? 

Ma carrière n’est pas très longue mais il y a pas mal de moments marquants, on est toujours marqué par son premier match en pro, ses premières grandes compétitions , ses premiers titres. Mais je dirais que d’avoir déjà pu participer à des Jeux Olympiques ( NDLR : Médaillé d’argent au JO de Rio en 2016 ) est l’événement le plus notable. 


Avec Montpellier, tu intègres rapidement le monde professionnel, à 17 ans, Patrice Canayer fait appel à toi, te souviens-tu de ce moment ? Peux tu nous raconter comment tu as vécu ce moment qui marque une carrière ? 

Oui je me souviens parfaitement, il y a Matej Gaber  qui était blessé et d’autres manquaient à l’appel. On arrivait sur une période de vacance en octobre. Pendant l’entrainement Fred Anquetil me dit « entraines toi bien, tu vas jouer avec les pros ce week end ». J’y croyais pas trop et l’équipe pro se déplaçait à Sélestat et moi je me disais « pourquoi il me dit ça et pourquoi il me fait cette blague ? » Et à la fin de l’entrainement Patrice ( Canayer ) annonce comme à son habitude le groupe pour le déplacement et je figurais dans l’effectif c’était un moment assez spécial. Je n’y croyais pas trop en plus mes parents devaient venir me jouer avec la N1, du coup ils ont passé le week end avec mon frère. Je les ai rejoint et tout le monde leur ont dis que ça allait bien se passer et mes parents étaient content. J’espérais aussi que ça n’allait pas être le dernier match et j’ai tout donné sur le moment. Mon premier match pro est donc contre Sélestat au Rhénus de Strasbourg et je m’en souviens c’est un moment marquant mine de rien de jouer son premier match pro avec Montpellier. 

Un an plus tard, à 18 ans, tu honores ta première sélection en équipe de France après avoir remporter certains titres comme le championnat d’Europe jeunes, élu meilleur pivot et meilleur espoir du championnat de France. Forcément heureux, comment te sentais – tu à côté des monuments du handball français comme Omeyer, Narcisse, Karabatic … ? 

C’était spécial, je ne m’attendais pas à être appelé, Didier Dinart m’avait appelé en amont du stage après le championnat du monde au Qatar, pour me dire qu’il gardait un oeil sur moi et qu’il suivait ma progression puisqu’on s’était côtoyé lors du championnat d’Europe jeune. Il m’avait appelé pour le mois de juin. C’était particulier, je suis quelqu’un de réservé surtout quand je connais pas les joueurs avec qui je joue. J’étais très impressionné et de l’autre côté j’avais envie de saisir l’opportunité là parce que c’était énorme j’y croyais pas et j’avais envie de revivre ce rêve. 

Photo S.Pillaud

Alors que jusqu’à là tout te souriait notamment avec une médaille d’argent au J.O 2016, et un titre de champion du Monde en 2017, tu te blesses assez gravement au bras droit qui t’éloignes des terrains durant 4 mois, comment as tu vécu ce moment ?

Forcément douloureux, je n’ai jamais eu de blessure, c’était un moment compliqué. J’ai connu beaucoup de réussite, même en partant de plus loin, au pôle à Montpellier, j’avais intégré l’équipe de France cadets, les jeunes avec un certain rôle. On avait gagné des titres chez les jeunes, des titres individuelles aussi, puis mon premier contrat pro, tu as l’impression que ton rêve s’arrête et que ça reste très positif, très beau. Il y a toujours de moments compliqués, comme des défaites. Ce moment après une longue blessure m’a marqué, notamment lorsque j’ai pris conscience de la gravité.Je n’appelle pas ça une blessure, je pouvais marcher, c’est plus un problème de santé, je ne pouvais plus faire d’activité physique lié à un caillot de sang présent dans mon bras. Il fallait que je sois patient, c’était un moment compliqué, mais j’ai pris conscience des conséquences qu’il y aurait pu avoir en jouant un match de plus. Ça met un véritable coup de froid, c’est surtout le passage de quand on te dit ce qu’il peut t’arriver et que tu dois t’arrêter plutôt que de patienter pendant 4 mois. J’étais conscient qu’il fallait y aller doucement. J’avais aucune douleur, c’était à l’intérieur et je voyais que je devenais de plus en plus faible, c’était dur de prendre conscience. 

Vainqueur de la Ligue des Champions en 2018, tu jouais la ton premier Final 4, comment as tu géré la pression ? 

Je pense qu’avec Montpellier on était sur une vague de confiance énorme, qu’on a joué ce Final 4 très relâché, sans pression alors qu’on venait de perdre le titre de champion de France trois jours avant. on s’est dit que rebondir sur un Final 4 peut nous permettre d’oublier cet accroc qu’on a eu à Saint Raphaël. C’était dur de se dire «  on a pas gagné le championnat, on va gagner la Ligue des Champions. » C’était un gros pari mais on y est allé avec l’envie de bien figurer et on l’a plutôt bien fait. On était tellement en confiance tout au long de l’année, à niveau personnel je me suis servi du problème au bras pour me donner à fond et profiter pleinement avant de partir du club. 

Personne n’attendait Montpellier vainqueur de la Ligue des Champions cette saison 2017/2018…

Vraiment personne, même nous on ne mettait pas une pièce dessus. Même si on était en confiance année après année. On élimine Kielce en huitième, après on tombe sur Veszprem, mine de rien il y avait un écart entre les deux équipes. On avait fait un beau parcours l’année passée même si c’était des équipes moins fortes. Les matchs il faut les jouer, je me rend compte encore plus en Espagne, on te donne favori à chaque fois et les matchs tant qu’ils sont pas joués et pas gagnés, il faut se donner à 100% tout les jours et aller chercher ce qu’on dit facile, et dans le handball rien ne l’est, on a su profiter de l’élan de confiance avec des joueurs qui ont énormément progresser et tous ces paramètres nous ont permis d’aller chercher quasiment l’impossible du début de saison. 

Photo : EHF

Une signature au FC Barcelone, pourquoi ce choix à ce moment de ta carrière ? 

J’étais déjà pré-engagé, 1 an et demi avant, ça ne s’est pas fait direct après la Ligue des Champions. Avec le club de Montpellier, il n’y avait rien de caché, j’avais été honnête, forcément c’est compliqué d’annoncer à un club, surtout comme Montpellier que l’on part mais je pense que tout le monde a été assez intelligent pour gérer la situation. Moi, de mon côté pour donner le maximum jusqu’à la fin et autant du côté du club de manière à ce que l’histoire se termine bien et aujourd’hui nous sommes en très bonne relation, c’est important de partir la tête haute. 

Barcelone est un grand club, c’est une opportunité pour moi de jouer pour ce club. Mais en plus par rapport à mes origines, mes grands parents sont catalans, c’est un paramètre affectif qui rentre en compte. J’avais envie de découvrir l’étranger, et je pense que Barcelone est la meilleure opportunité pour découvrir un nouveau mode de vie. C’est l’endroit ou je devais aller pour grandir dans ma carrière. J’apprends et je progresse chaque jour, je n’ai pas vu l’année passer tellement j’étais bien dans mes baskets et on travaillait bien. Je suis heureux à Barcelone et j’espère que cela va durer. 

Comment s’est faite ton intégration au FC Barcelone ? 

J’ai découvert d’autres personnalités, d’autres joueurs. J’ai trouvé un groupe très touché de parler d’élimination en huitième de finale la saison d’avant. Un groupe qui su rebondir afin de faire une année que l’on a fait la saison passé même si elle n’est pas couronné par une ligue des champions. Je pense qu’on a fait une super année, aller gagner sur des terrains compliqués comme à Vardar, Kielce. Après le championnat du monde on a rivalisé avec Veszprem alors que c’était une période assez compliquée. J’estime que nous avons fait une grosse année en gagnant des titres, et en jouant d’une manière qui je pense a plu à beaucoup de personne. 

Nous le savons le FC Barcelone roule sur la Liga Asobal, un statut forcément lourd à porter, vous n’avez pas vraiment le droit à l’erreur ? 

Ça fait un an que je suis à Barcelone, mais la pression est tout le temps là. En match amical comme en Ligue des Champions, en championnat ou en coupe du monde des clubs on se doit de gagner donc c’est une pression qui est au quotidien, nous devons nous donner à 100%. Du jour au lendemain on peut perdre du temps de jeu si le copain joue mieux, s’entraine mieux. C’est une pression constante collective et individuelle et moi je trouve que c’est un point positif c’est cette pression là qui te fait avancer. Être capable d’avoir une certaine pression et d’être attendu par d’autres équipes, je trouve ça bien car ça te motive à te donner à fond et à progresser. 

En Ligue des Champions, vous étiez les «  favoris » de cette année et bien-sur le favori du Final 4…

Qu’est ce qu’il a manqué au FC Barcelone, lors de la demi final contre le Vardar, ou vous étiez pourtant très bien engagé ? 

C’est un peu compliqué d’analyser ce moment là. On a joué notre handball pendant 45 minutes et en 15 minutes on foire 10 mois de travail qu’on a pu réaliser. Je ne sais pas si ça c’est joué sur le mental, si ça c’est joué sur notre handball, sur des choix, sur la performance des joueurs. Maintenant remettre la faute sur quelqu’un ça serait moche, nous sommes tous responsable de cette défaite là et à nous de nous en servir pour rebondir et de continuer de progresser. Même si c’est le FC Barcelone nous avons eu beaucoup d’arrivée dont je faisais parti, nous avons su construire un collectif rapidement. Barcelone a gagné 9 Ligue des Champions mais notre effectif en a pas gagné 9 donc on se doit de continuer d’écrire l’histoire de Barcelone et à la fois l’histoire de ce groupe qui se construit j’espère pour gagner la dixième étoile de Barcelone.

Pour le match de la troisième place, nous avons senti un FC Barcelone pas abattu et qui à su prendre le match à son compte contre Kielce, après une telle désillusion, comment retrouver les forces nécessaires pour aller chercher cette troisième place ? 

Abattu si je pense qu’on l’était, le matin ça se voyait sur nos visages, quand on joue dans un grand club notamment à Barcelone, quand on perd on est pas content surtout à ce moment de la compétition, sur ce match là on a essayé de donner le maximum parce que le maillot du Barça se respecte énormément et c’est important pour nous et l’entraineur. On devait finir sur une bonne note pour pas non plus gâcher notre saison en Ligue des Champions. Mais de finir sur une victoire en ayant respecter ce maillot, nos familles, nos supporters qui ont fait le déplacement c’est un signe qui montre les valeurs de ce club. J’espère que ça va nous servir pour la suite et se dire «  ensemble on a connu un moment de désillusion, on sait ce que c’est d’aller chercher un match 3, 4 et on voudra plus refaire ça, à nous de se donner les moyens pour vivre quelque chose de plus beau ». 

Enfin qu’est ce nous pouvons te souhaiter pour la suite de ta carrière ?
Toujours de la réussite et une part de chance ( rires ). La réussite collective et individuelle j’espère qu’on en aura. Que je fasse aussi de belles rencontres, dans une carrière on retient les titres mais aussi les personnes que l’on rencontre d’autres joueurs, les supporteurs donc continuer à se faire plaisir et rencontrer du beau monde.  

Photos : Compte instagram de Ludovic Fabregas

Propos recueillis par : Deslangles Lucas

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