À quelques jours du premier match de cette double confrontation contre Brest Bretagne Handball, le coach messin Emmanuel Mayonnade aborde avec sérénité la finale du championnat de France. Conscient des forces et des faiblesses de son collectif, le meilleur entraîneur du monde 2019 tentera de déjouer les plans de son homologue, Laurent Bezeau.

Handfacts : Après quelques jours de « repos » sans compétition, comment va le groupe ?

Emmanuel Mayonnade : Nous nous sommes très bien entraînés la semaine dernière. Je pense que c’est la semaine la plus consistante depuis le début de l’année. C’était très agréable à vivre, beaucoup de spontanéité, beaucoup d’engagement et de bonne humeur. Je n’ai pas encore assez de recul pour dire dans quel état se trouve le groupe. J’aspire à ce qu’on reste dans la même dynamique que la semaine passée. L’entrain constaté chez toutes les joueuses a pu nous permettre de partir en « week-end » avec l’esprit apaisé.

Handfacts : La bonne humeur vient notamment des derniers résultats positifs ?

Emmanuel Mayonnade : C’est possible, après les déconvenues contre Brest, nous nous sommes demandés dans quel état on serait capable de finir cette saison. Avant la finale, on savait que nous devions jouer contre Nantes, Besançon, Paris, des équipes classées troisième, quatrième et cinquième. Je trouve que les matchs ont été intelligemment construits. Ils ont été plutôt bien maîtrisés, dans des configurations relativement différentes. Cependant, je suis très content de ces matchs et puis c’était intéressant de tourner la page des différents épisodes contre Brest. Gagner des matchs, ça nous fait plaisir et ça a en effet contribué à la bonne dynamique d’ensemble.

Handfacts : Pour repartir sur de bonnes bases, vous avez dû faire une remise en question générale ?

Emmanuel Mayonnade : Ce n’est pas simple. À Metz Handball, on n’attend pas de perdre, pour discuter et se remettre en question. Je n’aime pas forcément l’idée de dire « on a perdu ce match, on doit se remettre en question ». Il y a des fois où nous avons mal joué, mais nous avons gagné. Là aussi, nous devons nous remettre en question. Nous avons pris le temps de pointer du doigt les errances des unes et des autres à travers des séances vidéos. Nous n’avons pas tout remis en question. Il a été question de stratégie, d’état d’esprit et d’engagement. Mais nous nous sommes surtout dit : il nous reste un mois et demi et qu’on y aille à fond ! À Metz Handball, la remise en question se fait de manière constante et régulière, sans avoir à attendre cette défaite-là.

Un mental à toutes épreuves

Handfacts : Mercredi vous recevez Brest pour le match aller de la finale du championnat. Prendre des risques sera une des possibilités pour venir à bout de Brest ?

Emmanuel Mayonnade : C’est toujours dur de répondre à ça, indépendamment de dévoiler mes stratégies. Nous sommes dans une configuration ou le vainqueur devrait être connu je l’espère, à l’issue des 120 minutes. Il n’est pas prudent et très judicieux de tenter un maximum de chose sur un match aller. Il faudra peut-être de façon épisodique, passer à 7 en attaque, basculer dans une organisation défensive étagée. Mais je ne suis pas sûr que je puisse construire un match de cette façon là. Ce qui m’a amené à prendre des risques en Ligue des Champions, effectivement, c’est que nous avions 10 buts à remonter. Nous avons dû tenter des choses sur ce match retour. Au contraire, mercredi, nous serons à 0-0, il y aura une heure à jouer là et une autre à jouer samedi. J’espère que je n’aurais pas à prendre de risque.

Le coach messin décrochera-t-il le 24ème titre de Metz Handball de champion de France ?
Le coach messin a longuement travaillé pour trouver la clé du succès face au BBH cette saison. Photo Lucas Deslangles

Handfacts : Brest aime profiter des erreurs de son adversaire, nous l’avons encore vu contre Nantes en finale de la Coupe de France, la clé du match sera alors de ne plus faire d’erreurs ?

Emmanuel Mayonnade : Ce n’est pas simple. Si on fait des erreurs, elles en profiteront, si on n’en fait pas, elles n’auront pas l’occasion d’en profiter. Nous sommes dans une configuration ou Brest joue son meilleur handball depuis le retour du club en première division. De plus, c’est corrélé notamment à la capacité des joueuses à appuyer là où ça fait mal. Ana Gros, va mettre les buts qu’elle a toujours mis. Jaukovic de même dans un registre différent et puis au milieu Gullden est capable d’orchestrer le jeu de façon admirable.

À chaque fois que nous allons faire une erreur, nous serons punis immédiatement. Il faut avoir un niveau de concentration maximal pendant une heure. Ce n’est pas 59 minutes et 50 secondes, ou 59 minutes et 55 secondes, c’est véritablement une heure ! Tout va compter, tout va s’additionner et le détail dans des matchs comme ça n’existe pas. Il ne faudra pas faire d’erreur. Et être concentré sur tout : la pivot, les lignes de passes, le duel tireur-gardien, les tirs de loin. Enfin, ce sont des matchs de très haut niveau qui nous attendent cette semaine.

Handfacts : Grossièrement, quand on voit des erreurs à Metz Handball, c’est en début de rencontre ou au retours des vestiaires, c’est un élément clé pour cette double confrontation ?

Emmanuel Mayonnade : En effet bien débuter nos matchs, c’est important. Mais ce n’est pas fondamental, l’histoire récente nous montre qu’en Coupe de France contre Brest, nous faisons 45 bonnes minutes et on craque dans le dernier quart d’heure. N’empêche qu’à court terme, le match contre Nantes est réussi car la première période est bonne. Les matchs contre Besançon et Paris le sont aussi sur un principe identique où bout de 10,15 minutes le match est presque déjà entendu. C’est très important pour nous de bien commencer le match, ça nous permet de mettre une bonne dynamique d’ensemble et une constance collective intéressante.

Un retour attendu du côté des Arènes de Metz

Handfacts : Comment va Ivana Kapitanovic qui revient de blessure ?

Emmanuel Mayonnade : Elle se porte bien, je pense. Elle est très bien revenue, elle a fait beaucoup d’efforts. Je pense qu’elle n’est pas encore à son meilleur niveau, il faudrait lui demander, mais je pense qu’elle partage cet avis. Puis c’est relativement légitime qu’elle ne puisse pas avoir le niveau qui était le sien après sa terrible blessure. C’est la compétition qui lui permettra de revenir réellement à son meilleur niveau. En tout cas, elle s’entraîne bien et c’est un vrai plaisir de l’avoir tous les jours avec nous.

Handfacts : Elle peut prétendre à figurer dans le groupe pour la finale du championnat ?

Emmanuel Mayonnade : Oui, après les trois pivots ont une chance, les trois gardiennes aussi et les trois ailières gauches aussi. Aujourd’hui, nous avons l’opportunité d’avoir un collectif étoffé sur cette fin de saison, à part Orlane et Melvine. Tout le monde peut prétendre à quelques heures du match faire parti du groupe et Ivana Kapitanovic peut aussi y prétendre.

L’élection de la MVP, des procédés contestés et contestables

Handfacts : Que penses-tu qu’il y ait trois brestoises dans l’élection de la MVP ?

Emmanuel Mayonnade : J’ai appris à prendre beaucoup de recul depuis un moment sur l’ensemble de ces élections-là. En effet, elles sont régies, sur des règles où on peut être d’accord ou pas. La seule chose, c’est que Brest fait une saison assez incroyable. En championnat, l’équipe de Brest n’est pas finalement meilleure que la nôtre, puisque nous sommes à égalité de points. Elles ont eu le mérite de nous gagner, là ou nous n’avons pas perdu de points face à d’autres équipes. J’ai surtout envie de dire que certaines messines pouvaient légitimement prétendre à cette élection. Je pense à Meline Nocandy qui marche sur l’eau et qui fait sa meilleure saison. Je voyais aussi des joueuses d’autres clubs pour amener plus de diversité et toucher plus de monde.

Maintenant, je reconnais tout de même que Sandra Toft, Ana Gros et Pauletta Foppa font une grosse saison. Les gens ont peut-être été marqués par ces joueuses. Mais je pense qu’on ne doit pas prendre en considération la campagne européenne puisque c’est en LFH. J’essaye de ne pas perdre trop d’énergie avec ça. Les avis divergent et les procédés sont parfois discutables et discutés, contestables et contestés. Il faut bien trancher à un moment et ils l’ont fait.

L'élection de la MVP se disputera entre trois joueuses brestoises.
Foppa, Toft et Gros, sont les trois joueuses à prétendre au titre de MVP de la saison 2021/2021

Handfacts : Avant il y avait l’élection par poste, de la meilleure espoir etc, c’était une façon de récompenser plus de joueuses et de médiatiser des clubs qui ne connaissent pas le même traitement médiatique que Metz et Brest notamment ?

Emmanuel Mayonnade : J’aimais bien le principe d’élire une joueuse par poste et d’avoir un choix de trois joueuses à faire sur chaque poste. Mais aussi pour les jeunes joueuses, je pense à Lena Grandveau de Bourg de Péage, Clarisse Mairot de Besançon ou Floriane André de Nantes qui sont des révélations et qui auraient pu prétendre à un titre de meilleur espoir. C’était assez vivant, puis c’était un moment où les aficionados du handball féminin s’intéressaient encore plus à l’activité. C’est vraiment dommage que ça se soit arrêté. Les gens se mobilisaient autour de ces élections, les clubs aussi et ça donne un peu d’énergie sur la fin de saison.

Propos recueillis par Lucas Deslangles aux Arènes de Metz.